dimanche 5 avril 2020

Paris Violence - Série noire



[Couplet 1]
J’avançais fin bourré depuis la rue de Rennes
La nuque bien rasée et du scotch plein les veines
Lorgnant à tout hasard en direction d’Assas
Dans l’improbable espoir qu’un 83 passe

[Refrain]
Il fut un temps maudit où pour noyer mes peines
J’avalais chaque nuit quatre bouteilles pleines
Réveils bien difficiles où le café trop noir
Se mélangeait fébrile au vieux blanc-sec du soir

[Couplet 2]
J’avançais fin bourré dans les rues du 5°
Saint-Michel titubait et mon âme de même
De bistro en bistro, de canon en canon
Ramené à bon port porté par le patron

[Refrain]
Il fut un temps bien moche où pour noyer mon spleen
J’ai fait pleurer des proches, perdu des copines
Il fut un temps perdu où me vint un penchant
Pour les nuits en cellule de dégrisement

[Couplet 3]
J’ai déambulé rond le long des Gobelins
Fiasque dans le veston et Huysmans dans la main
Taxant les vieux amis un peu las de me voir
Pour m’avancer le prix d’un train en wagon-bar

[Refrain]
Il fut un temps maudit où mes membres tremblaient
Je payais à crédit tous les bars du quartier

[Couplet 4]
Je traînais parfois vers la morgue
Le long du Quai de la Râpée
Faisant ronfler les grandes orgues
Dans ma cervelle détraquée
Rêvant tiroirs numérotés
Où la vodka serait au frais

samedi 4 avril 2020

Paris Violence - Notre dame des fous



[Couplet 1]
Vierge un peu espagnole, au visage blafard
Aux yeux clairs éperdus, azur brûlant l’ivoire
Vous bercez, moitié triste et moitié terrifiée
La sainteté étrange d’un Jésus mort-né
Votre châle se perd en longs plis de satin
Pourpre moirée d’ébène aux froissements sanguins
Dans la pénombre humide des vieux oratoires
Le sifflement du vent pour unique offertoire

[Refrain]
Notre-Dame des fous
Mère des sept douleurs
Grande Madone en pleurs
Ce soir, priez pour nous

[Couplet 2]
Vous êtes l’ombre noire qui, au soir tombant
Quand le dernier soldat a regagné le camp
Bénit l’horrible moisson du champ de bataille
Apaise les mourants aux béantes entrailles
Et clôt les yeux des morts qui pourrissent déjà
Implacable compagne des brutaux trépas
Sereine, agenouillée dans la boue des carnages
Vous priez sous les ciels déjà chargés d’orage

[Refrain]
Notre-Dame des peines
Mère des sept souffrances
Pardonnez nos offenses
Et chez nous soyez Reine

[Couplet 3]
Vous êtes la chandelle au chevet du vieillard
Qui crève lentement, imbécile et hagard
Dans un morne hôpital sinistre et solitaire
Et ne sait trop s’il doit appeler l’infirmière
Vous êtes la voix douce et feutrée qui murmure
À l’oreille du prisonnier que l’on torture
« bientôt mon cher enfant prendra fin le supplice »
Et lui, dans un hoquet, hurle : « ora pro nobis ! »

[Refrain]
Notre-Dame des gouffres
Mère des agonies
Soyez l’astre qui luit
Dans l’œil de ceux qui souffrent

[Couplet 4]
Reine des aliénés, reine des cauchemars
Des asiles déserts, des morgues, des mouroirs
Des réveils en sueur au milieu de la nuit
Des angoisses, des peurs et des neurasthénies
Des fantasmes malsains, des larves chimériques
Des blasphèmes criés en langage hystérique

[Outro]
Priez pour nous ! Priez pour nous ! Priez pour nous !

vendredi 3 avril 2020

Paris Violence - Encore un siècle ou deux



[Couplet 1]
Comment quitter ce vieux réflexe
Ou mieux encore qu’il nous quitte
Qui nous fait accepter perplexes
Ce avec quoi l’on cohabite
Cette excroissance anormale
Cette moitié cannibale
Cet insoluble problème
Qui n’est autre que nous-mêmes

[Refrain]
Encore un siècle ou deux
Et tout ira bien mieux
Quand nous serons réduits
À un tas de débris

[Couplet 2]
On court dans les rues sous l’orage
Pour fuir cette ombre de malheur
Les yeux fiévreux, le front en nage
Et un œuf de plomb sur le cœur
Une lourdeur encombrante
Aux airs de pieuvre géante
Monstre vorace et infâme
Qui n’est autre que notre âme

[Refrain]
Encore deux siècles ou trois
Pour oublier tout ça
Nous sourirons sous terre
De nos quelques poussières

[Couplet 3]
Notre-Dame hérisse ses flèches
Sous les cieux chargés d’ouragans
Au fond de nos poitrines sèches
Nos nerfs suivent le mouvement
Risible paratonnerre
Quand c’est sous nous qu’est l’enfer
L’antre aux tourments infinis
Qui n’est autre que la vie

[Refrain]
Encore un millénaire
Et la plus dure pierre
Aura bien effacé
Nos noms immérités

jeudi 2 avril 2020

Paris Violence - Jusqu'à la lie



[Couplet 1]
J’ai voulu me fuir dans l’alcool
Je n’ai fait que me retrouver
Encore plus pâle et déglingué
Que dans mes pires cauchemars
J’étais plutôt bon dans le rôle
Du collectionneur de névroses
Mais à considérer la chose
C’est un succès bien dérisoire

[Couplet 2]
J’ai cherché dans l’ivresse
À fondre en un seul vase bonheur et détresse
J’ai cherché dans l’extase
La tangence improbable
De Dieu et du Diable
J’ai traîné mon ennui au milieu des partouzes
Me suis saoulé de spleen pour chasser d’autres blues

[Pont]
Et j’ai vidé verre sur verre
Sur tous les comptoirs de l’enfer

[Couplet 3]
Alors j’ai été voir ailleurs
Mais les Eden sur ordonnance
Donnaient de bien livides transes
Et de bien terribles réveils
Je tombais à ma grande horreur
Toujours nez à nez sur moi-même
Encore plus triste, encor plus blême
Et désespérément pareil

[Couplet 4]
J’ai erré dans Paris
À Montmartre en avril, à Pigalle en octobre
De whisky en whisky
Et certains soirs d’exil, j’ai juré d’être sobre
J’ai traîné mon ennui dans des bouges atroces
De cinémas de cul en culs de basse-fosse

[Pont]
Voulant boire jusqu’à la lie
L’affreuse liqueur de la vie

[Couplet 5]
J’ai fait encor quelques détours
Se mentir est chose facile
On tape toujours dans le mille
À vouloir jouer au plus con
Mais les plaisirs dans le velours
Et les trucs les plus dégueulasses
Épuisent vite et vite lassent
Et l’on revient à ses moutons

[Couplet 6]
J’ai cherché dans l’horreur
À apaiser la peur en me grisant de peur
J’ai cherché dans la gnose
À comprendre le vide et ses anamorphoses
J’ai traîné mon ennui sur les bords de la Seine
Relu les décadents chez les vieux bouquinistes
Attendant qu’un beau jour par un trop-plein de peine
Je brise toute chaîne en hurlant que j’existe

[Outro]
De mon cor je me suis saisi
Et enfin sonné l’hallali
Comme un Roland sans Roncevaux
Je suis reparti à l’assaut